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IA et emploi : l'IA va-t-elle supprimer des postes dans votre entreprise ?

Écrit par 8 min de lecture

Sommaire
  1. Que disent les études les plus récentes ?
  2. « Exposé à l'IA » veut-il dire « remplacé par l'IA » ?
  3. Quels métiers l'IA va-t-elle remplacer ?
  4. L'IA peut-elle remplacer mes salariés ?
  5. Pourquoi vos équipes s'inquiètent, même sans suppression
  6. Que faire concrètement dans une PME ?
  7. Notre position
  8. Parler d'IA avec vos équipes, concrètement
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

En bref

Les études publiées à ce jour ne montrent pas de suppressions d'emplois à grande échelle causées par l'IA, mais des effets ciblés, surtout sur l'embauche des jeunes dans les métiers très exposés. Pour une PME, la bonne question est donc : quelles tâches vont changer, et comment accompagner les équipes ?

Schéma montrant qu'un emploi exposé à l'IA n'est pas un emploi remplacé : de 5 % à 60 % des emplois sont exposés selon la méthode, une partie seulement est substituable, et moins encore est menacée de disparition (source : Direction générale du Trésor, juin 2026)

Que disent les études les plus récentes ?

Le sujet est souvent traité avec des chiffres spectaculaires. Nous préférons nous appuyer sur deux publications récentes, datées, qui disent explicitement ce qu'elles savent et ce qu'elles ne savent pas.

La Direction générale du Trésor, juin 2026. Dans le Trésor-Éco n° 391, « L'intelligence artificielle, quels effets sur l'emploi ? », les auteurs concluent que les études disponibles ne permettent pas de déterminer l'effet total de l'IA sur l'emploi. Elles ne montrent pas d'effet agrégé significatif à ce stade, mais des destructions localisées apparaissent, notamment chez les jeunes.

Le Stanford Digital Economy Lab, 12 août 2026. Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen mettent à jour une étude parue en août 2025 à partir des données de paie d'ADP, aux États-Unis, jusqu'en juin 2026. Leur titre résume le résultat : pas de déplacement généralisé, mais un écart de l'emploi des jeunes qui s'est élargi à 19 %. Plus précisément, l'emploi des 22 à 25 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA a évolué d'environ 19 % de moins que dans les métiers peu exposés. En niveau, entre novembre 2022 et juin 2026, il a reculé d'environ 11 % dans les deux quintiles de métiers les plus exposés, alors qu'il a augmenté d'environ 10 % dans les trois quintiles les moins exposés. Aucun écart comparable n'apparaît chez les salariés plus expérimentés. Les auteurs notent que l'ajustement passe surtout par une baisse des embauches, plus que par des départs.

Ces deux sources invitent à la prudence plus qu'à l'alarme. Leurs auteurs disent eux-mêmes que leurs résultats sont descriptifs et non des estimations causales, que certaines tendances existaient avant l'IA générative, et que la généralisation à toute l'économie reste incertaine. Le Trésor ajoute que la plupart des chiffres proviennent d'études américaines, ce qui limite leur transposition à la France.

« Exposé à l'IA » veut-il dire « remplacé par l'IA » ?

Non, et c'est la confusion la plus répandue. Le Trésor rappelle que les estimations d'emplois exposés à l'IA vont de 5 % à 60 % de l'emploi total selon la méthode, que seule une partie de ces emplois est substituable, et que « exposé » ne signifie pas « menacé de disparition ».

Une autre mesure, citée par le Trésor et issue d'un travail de chercheurs sur la France (Arquié et ses coauteurs, 2026), estime que 3,8 % du contenu du travail est aujourd'hui à risque, et pourrait atteindre 16,3 % d'ici deux à cinq ans. Cet indicateur porte sur une part de tâches, pas sur une part d'emplois supprimés. C'est une nuance importante : un métier dont 16 % des tâches évoluent n'est pas un métier qui disparaît, c'est un métier qui change.

Quels métiers l'IA va-t-elle remplacer ?

Si vous cherchez une liste de « métiers remplacés par l'IA », nous préférons vous dire franchement qu'aucune des deux sources ci-dessus n'en propose une. Elles mesurent l'exposition de tâches, pas des disparitions de métiers, et le Trésor précise que les résultats varient selon l'indice d'exposition retenu.

Ce que les données permettent de dire, avec la prudence qui s'impose :

  • les effets observés se concentrent sur l'embauche de jeunes diplômés dans des métiers très exposés, plutôt que sur des licenciements ;

  • aux États-Unis, en 2025, les suppressions de postes attribuées à l'IA représentent 4,5 % à 6,2 % des licenciements annoncés (chiffres rapportés par le Trésor) ;

  • en France, le chômage des 15 à 24 ans est passé de 19,1 % à 21,1 % entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, mais le Trésor ne l'attribue pas à l'IA : la conjoncture brouille l'interprétation.

L'IA peut-elle remplacer mes salariés ?

À ce stade, la réponse la plus honnête est : cela dépend de ce que vous appelez remplacer. Les expériences rapportées par le Trésor montrent surtout de la productivité : environ 14 % de gains pour des agents de service client et 26 % pour des développeurs, dans des conditions expérimentales. Ces gains décrivent des personnes plus efficaces avec un outil, pas des postes supprimés.

Un point mérite aussi d'être connu : selon l'enquête américaine citée par le Trésor auprès de 1 000 dirigeants, 59 % des entreprises interrogées disent utiliser l'IA pour expliquer des gels d'embauche. Autrement dit, l'IA sert parfois d'explication à des décisions qui ont d'autres causes. Quand un titre de presse annonce des suppressions « à cause de l'IA », il vaut mieux se demander ce que l'entreprise cite comme cause réelle.

Pourquoi vos équipes s'inquiètent, même sans suppression

Le Trésor cite le baromètre du numérique 2025 : 62 % des Français voient l'IA comme un risque pour l'emploi. Dans l'étude Microsoft et LinkedIn de 2024, 53 % des personnes qui utilisent l'IA au travail craignent que cet usage les fasse paraître remplaçables.

Cela a une conséquence très concrète pour un dirigeant. Même si aucun poste n'est menacé chez vous, vos équipes peuvent le craindre, et cette crainte influence la façon dont elles abordent les outils : elles les évitent, ou elles les utilisent sans le dire. C'est un sujet de communication et d'accompagnement avant d'être un sujet économique.

Que faire concrètement dans une PME ?

Quelques gestes simples permettent de passer de l'inquiétude à l'action.

1. Parler des tâches, pas des postes. Demandez à chaque équipe quelles tâches répétitives lui prennent du temps. Vous obtenez une carte des endroits où l'IA peut aider, et vous montrez que la question porte sur le travail, pas sur les personnes.

2. Dire clairement ce que vous savez et ce que vous ignorez. Si vous n'avez aucun projet de suppression, dites-le. Si vous ne pouvez pas promettre l'avenir, dites-le aussi. Les équipes entendent mieux une incertitude assumée qu'un silence.

3. Former. Dans l'étude Microsoft et LinkedIn, 39 % seulement des utilisateurs avaient reçu une formation de leur entreprise. C'est un levier concret, et il est à votre main.

4. Associer les représentants du personnel. Si vous avez un comité social et économique (CSE), l'article L. 2312-8 du Code du travail prévoit son information et sa consultation sur les questions relatives à l'introduction de nouvelles technologies. Votre avocat vous dira ce que cela implique pour votre projet. Cet article n'est pas un avis juridique.

5. Suivre l'adoption. Un outil acheté qui n'est pas utilisé est un échec silencieux. Notre article sur l'adoption outil ia entreprise explique pourquoi cela arrive et comment l'éviter.

Pour la dimension managériale, notre guide ia et management aborde le rôle des responsables d'équipe quand les tâches changent. Pour la démarche complète, notre guide sur la conduite du changement ia explique comment accompagner vos équipes dans l'adoption de l'IA.

Notre position

Nous pensons qu'il serait malhonnête de promettre à vos équipes que l'IA ne changera rien, et tout aussi malhonnête de leur annoncer des suppressions que personne ne sait chiffrer. Les deux publications que nous citons disent la même chose avec des mots différents : les effets existent, ils sont ciblés, et la plupart des données ne sont pas encore solides.

Notre avis, argumenté : le risque principal pour une PME à court terme n'est pas de supprimer des emplois, c'est de laisser s'installer une inquiétude non traitée, qui freine l'adoption et pousse à l'usage dissimulé. Un dirigeant qui parle tôt, explique ce qu'il sait, forme ses équipes et regarde les tâches plutôt que les postes se met dans la meilleure position, y compris pour décider sereinement le jour où une vraie question d'organisation se posera. Nous restons optimistes : la même technologie qui inquiète peut aussi enlever les tâches les moins intéressantes du travail de vos équipes, à condition qu'elles soient associées à la démarche.

Parler d'IA avec vos équipes, concrètement

Si vous souhaitez en parler avec un regard extérieur avant de lancer quoi que ce soit, la revue des usages IA du Cabinet Flourens est un échange gratuit, sans livrable écrit : nous regardons où en sont vos équipes et ce qu'il serait utile d'organiser.

Questions fréquentes

L'IA va-t-elle supprimer des emplois en France ?

Selon le Trésor (juin 2026), les études ne montrent pas d'effet agrégé significatif à ce stade, mais des destructions localisées apparaissent, notamment chez les jeunes. Les auteurs soulignent que le recul est court et que la plupart des chiffres viennent d'études américaines.

Quels sont les métiers les plus exposés ?

Les études mesurent l'exposition de tâches, pas des listes de métiers condamnés. Le Trésor rappelle que « exposé » ne veut pas dire « menacé de disparition » et que les résultats varient selon l'indice utilisé.

Les jeunes sont-ils plus touchés ?

Les données américaines de Stanford (ADP, jusqu'en juin 2026) montrent un écart d'environ 19 % pour les 22 à 25 ans dans les métiers les plus exposés, surtout via une baisse des embauches. Les auteurs précisent que ces résultats sont descriptifs et non causaux.

Mes salariés ont-ils raison de s'inquiéter ?

Leur inquiétude est répandue : 62 % des Français voient l'IA comme un risque pour l'emploi (baromètre du numérique 2025, cité par le Trésor). Elle mérite d'être entendue, même si les données actuelles ne confirment pas de suppressions massives.

Comment en parler à mes équipes ?

En parlant de tâches plutôt que de postes, en disant ce que vous savez et ce que vous ignorez, en formant, et en associant les représentants du personnel quand il y en a.

Sources
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Auteur

Clément Marchal, fondateur du Cabinet Flourens
Fondateur du Cabinet FlourensClément Marchal

Clément Marchal a fondé le Cabinet Flourens. Depuis 2017, dont cinq ans à faire tourner des équipes, notamment dans un environnement régulé par l'AMF, il voit la même chose : l'IA entre dans l'entreprise par les salariés, pas par la direction. Personne ne sait qui l'utilise, sur quelles données, ni ce qu'elle rapporte. Avec Ardoise, le Cabinet Flourens met cet usage en ordre en six semaines : la carte des usages, des règles acceptées, deux automatisations ou agents IA sur vos outils et le dossier qui prouve ce que l'entreprise a fait.

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